Achats publics : 3, 2, 1… décollage ?

Carnet de bord d’une fonction dont la professionnalisation progresse… mais qui reste encore trop souvent associée à la seule procédure.

3, 2, 1… décollage.

Depuis plusieurs années, l’achat public change de dimension.

Longtemps appréhendé principalement sous l’angle de la commande publique et de la sécurisation des procédures, il est désormais attendu sur un terrain beaucoup plus large : performance économique, connaissance des marchés fournisseurs, enjeux environnementaux et sociaux, relation avec les métiers, suivi de l’exécution…

Cette évolution ne rend évidemment pas l’exigence juridique secondaire.

Bien au contraire.

Acheter avec de l’argent public impose transparence, traçabilité, égalité de traitement et exemplarité. La sécurité juridique protège l’administration, ses agents mais aussi les élus.

Mais respecter parfaitement la procédure suffit-il à caractériser un bon achat ?

Probablement pas.

Derrière cette question se joue une évolution plus profonde : le passage d’une logique de commande publique à une véritable fonction achat professionnalisée.

Professionnaliser l’achat sans renoncer à la sécurité

La professionnalisation ne consiste pas à opposer le juriste qui sécuriserait à l’acheteur qui rechercherait la performance.

L’enjeu est précisément d’articuler ces deux dimensions.

Car acheter est un métier.

Analyser un marché fournisseur, pratiquer le sourcing, comparer les solutions, anticiper les besoins, travailler le référencement lorsque cela est pertinent, challenger une demande, raisonner en coût complet, négocier lorsque le cadre le permet, suivre l’exécution et mesurer les résultats : autant de compétences qui dépassent la conduite de la procédure.

Le sourcing l’illustre bien. Connaître les acteurs économiques, comprendre un marché, identifier les solutions disponibles permet de préparer un achat plus pertinent.

Professionnaliser l’achat ne signifie donc pas moins sécuriser. Cela signifie mieux penser l’achat en amont et mieux piloter sa performance en aval.

Faire dialoguer l’acheteur et les métiers

Un acheteur professionnel ne peut pourtant pas acheter seul.

Acheter des prestations intellectuelles, un logiciel métier, des repas, des véhicules ou des travaux ne relève pas des mêmes réalités.

Les directions métiers connaissent les usages, les contraintes, les risques et les niveaux de qualité attendus.

Mais connaître son besoin ne signifie pas nécessairement savoir comment l’acheter.

C’est dans le dialogue entre ces deux expertises que se construit la qualité : le métier maîtrise le besoin ; l’acheteur apporte sa connaissance des marchés, ses méthodes, sa capacité à challenger la demande et sa maîtrise de la commande publique.

Ce dialogue doit parfois conduire à interroger le besoin lui-même : avons-nous réellement besoin d’acheter cela ? Dans quelles quantités ? À quel niveau de service ? Peut-on mutualiser, standardiser ou envisager une autre solution ?

La professionnalisation ne consiste donc pas à confisquer l’achat au profit des acheteurs, mais à organiser une responsabilité partagée entre fonction achat et métiers.

Redéfinir ce qu’est un “bon achat”

Le meilleur achat est-il celui qui affiche le prix le plus bas ?

Pas nécessairement.

Un prix compétitif perd de son intérêt si la qualité n’est pas au rendez-vous, si l’exécution mobilise un temps considérable ou si des coûts supplémentaires apparaissent ensuite.

À l’inverse, un achat initialement plus coûteux peut se révéler plus performant dans la durée.

Un bon achat est donc celui qui répond au juste besoin, au niveau de qualité attendu, avec un coût maîtrisé sur la durée, des risques identifiés et des conditions d’exécution satisfaisantes.

Cela suppose aussi de regarder ce qui se passe après la notification : les utilisateurs sont-ils satisfaits ? Les engagements sont-ils tenus ? Les résultats attendus sont-ils au rendez-vous ? Que faut-il apprendre pour le prochain marché ?

Autrement dit : passer du prix à la performance et de la procédure au cycle complet de l’achat.

Intégrer les nouvelles exigences sans perdre de vue le besoin

L’achat public est également attendu sur sa contribution aux transitions environnementales et sociales : sobriété, durabilité, réemploi, économie circulaire, insertion…

Pour les acteurs publics locaux s’ajoute une préoccupation naturelle : contribuer au dynamisme économique du territoire.

Cette ambition doit évidemment respecter les principes de la commande publique. Favoriser les circuits courts ou faciliter l’accès des entreprises locales ne peut conduire à instaurer une préférence géographique.

En revanche, sourcing, connaissance du tissu économique, allotissement adapté, accessibilité aux TPE-PME ou exigences environnementales pertinentes peuvent ouvrir des possibilités.

C’est précisément l’une des compétences attendues d’une fonction achat professionnalisée : traduire des ambitions politiques en stratégies juridiquement solides, économiquement pertinentes et opérationnellement réalistes.

Sans perdre de vue une évidence : un achat responsable doit aussi rester un achat réalisable.

Faire de la performance économique une exigence d’exemplarité

Dans un contexte financier contraint, chaque euro engagé mérite d’être interrogé.

Mais rechercher l’efficience ne signifie pas systématiquement acheter moins cher.

Cela signifie acheter juste : le bon besoin, le bon niveau de qualité, le bon coût, la bonne durée et les bonnes conditions d’exécution.

Cela suppose de mesurer les résultats et de capitaliser sur les marchés précédents.

Une fonction achat mature ne se contente pas de passer des marchés. Elle apprend de ce qu’elle achète.

Et elle ne peut le faire seule. Acheteurs, directions métiers, prescripteurs, utilisateurs, fonctions financières ou environnementales contribuent chacun à la performance obtenue.

Le bon achat est rarement l’œuvre d’un bon acheteur seul.

Il est le résultat d’un processus collectif bien organisé.

Conclusion

L’achat public prend réellement une autre dimension lorsqu’il parvient à articuler maîtrise des règles, professionnalisation de la fonction, connaissance des fournisseurs, dialogue avec les métiers, performance économique et nouvelles exigences environnementales et sociales.

Il ne s’agit donc pas de choisir entre sécurité juridique, performance et responsabilité.

Il faut savoir les conjuguer.

Avec une fonction achat capable de sécuriser, sourcer, challenger et mesurer. Avec des métiers capables d’exprimer mais aussi d’interroger leurs besoins. Et avec une organisation qui regarde non seulement ce qu’elle dépense, mais ce qu’elle obtient réellement en contrepartie.

Car lorsqu’il s’agit d’argent public, acheter mieux n’est pas seulement une question d’économie.

C’est une question de performance de l’action publique.

Et une exigence d’exemplarité et de responsabilité.

Encore faut-il créer les conditions pour que l’achat public puisse réellement décoller.

Quantième accompagne les collectivités dans la conception et la mise en œuvre de projets d’administration et des projets de services pragmatiques, alignés avec les priorités politiques et les réalités organisationnelles.

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